Novembre 2021

 

Durant la COP 26, plusieurs centaines de dirigeants ont annoncés
vouloir mettre un terme à la déforestation d'ici à 2030
et faire respecter les droits des peuples autochtones.

« On ne peut faire face à la perte dévastatrice d’habitats et d’espèces sans lutter contre le changement climatique, et on ne peut faire face au changement climatique sans protéger notre environnement naturel et respecter les droits des peuples autochtones »
Boris Johnson
(Président de la COP 26)

Pour la 26ème conférence mondiale sur le climat (COP26) qu’il accueille en Ecosse, Boris Johnson s’était fixé "quatre priorités : obtenir des engagements dans les domaines « du charbon, des voitures, de l’argent et des arbres" .

Mardi 2 novembre, le premier ministre britannique pouvait d’ores et déj̀a se réjouir d’avoir coché une case : plus d’une centaine de dirigeants ont pris l’engagement, par le biais d’une « Déclaration de Glasgow », de mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des terres d’ici à 2030.

Ces États, parmi lesquels figurent la Russie, l’Indonésie, la République démocratique du Congo, la Chine ou le Canada représentent plus de 85 % des forêts mondiales. Le Brésil du président Jair Bolsonaro, où la déforestation de l’Amazonie a atteint des records, fait également partie des signataires. A travers ce court texte, ces pays promettent de faciliter les pratiques commerciales n’engendrant pas de déforestation, de mettre en œuvre des politiques encourageant une agriculture durable ou encore d’aligner les moyens financiers avec ces objectifs internationaux de protection de ces écosystèmes.

Tous les scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) soulignent que limiter le réchauffement implique nécessairement de mieux protéger les forêts, qui constituent l’un des principaux puits de carbone de la planète.

Déj̀a en 2014, la Déclaration de New York, adoptée par une trentaine de pays, autant d’entreprises et plusieurs dizaines d’organisations des peuples autochtones et de la société civile, prévoyait de réduire de moitié le rythme de disparition des forêts naturelles dans le monde d’ici à 2020 et de stopper leur perte d’ici à 2030. Mais depuis son adoption, la déforestation n’a cessé de s’accroître, et même de s’accélérer.

Selon le World Resources Institute (WRI), un centre de reflexion américain, quelque 258 000 kilomètres carrés de forêts, soit une superficie plus importante que le Royaume-Uni, ont encore disparu en 2020.
« Par rapport à 2014, il y a plus de pays engagés et plus d’argent sur la table », observe toutefois Ana Yang, directrice exécutive du programme durabilité au centre de reflexion Chatham House.

En parallèle de la signature de la Déclaration de Glasgow, onze pays – dont la France – et l’Union européenne se sont engagés à mettre sur la table 10,3 milliards d’euros d’ici à 2025 pour lutter contre la déforestation. A cette somme devraient s’ajouter plus de 6 milliards d’euros d’investissements privés.

La partie la plus tangible des annonces concerne la somme de 1,4 milliard d’euros qui doit
être versée d’ici à 2025 aux communautés autochtones par cinq États (États-Unis, Norvège, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni) et quelques très grosses fondations (Ford Foundation, le Bezos Earth Fund, etc.). Cet argent doit aller directement aux peuples autochtones pour les aider à sécuriser leurs droits de propriété sur leurs terres ancestrales. Il constitue également une reconnaissance de leur rôle crucial pour la préservation des écosystèmes, dont la dégradation menace directement leur mode de
vie.

« Cette initiative est très bienvenue, c’est la première fois que nous voyons ce type de partenariat et ce niveau de montants reconnaissant le rôle essentiel de préservation de la nature que jouent les peuples autochtoǹes, se félicite Victoria Tauli Corpuz, ancienne rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones auprès des Nations unies. Quand les droits des peuples autochtones sur leurs terres sont sécurisés, le rythme de la déforestation a tendance à ralentir. » Et cette activiste philippine d’ajouter, en marge de la COP : « Malheureusement, ces populations, qui prennent soin de 80 % de la biodiversité, sont les moins susceptibles d’être subventionnées en retour. »

 

« Diriger l’argent sur le terrain »

« Pendant trop longtemps, les meilleurs gardiens de la forêt ont été ignorés et les dirigeants ont accordé bien plus d’importance aux solutions technologiques et aux forces du marché [pour contrer le changement climatique] », déplore pour sa part Darren Walker, président de la Ford Foundation.

Très présents à la COP, les peuples autochtònes se sont constitués en coalition, la Global Alliance of Territorial Union, représentant des communautés de 18 pays et préservant plus de 840 millions d’hectares de forêts tropicales, pour tenter de faire entendre leur voix.

Au-delà des annonces, la façon dont sera mise en œuvre cette déclaration reste encore largement à definir, faisant craindre aux ONG de nouvelles « promesses vides » et une répétition des « échecs des précédents engagements ». « Maintenant, il faut que l’on comprenne quels mécanismes vont permettre de diriger l’argent sur le terrain et de transformer ce signal global en actions concrètes », souligne Ana Yang. Rod Taylor, directeur du programme forêts au WRI qui liste trois priorités :
- que les chaînes d’approvisionnement deviennent réellement transparentes et permettent de savoir quels produits sont liés, ou pas, à la déforestation ;
- que les engagements de la Déclaration de Glasgow soient également pris en compte au moment de conclure des accords commerciaux ; et
- que les petits agriculteurs soient accompagnés dans leur transition vers des pratiques plus durables.

« Le fait qu’un grand nombre de pays s’engagent, dont la Chine ou le Brésil, confirme qu’il y a une volonté politique de stopper la déforestation, ajoute-t-il. La vraie question est de savoir à quel point le système vas changer.

« Si les dirigeants mondiaux veulent vraiment arrêter la destruction des forêts, ils doivent appuyer les annonces d’aujourd’hui en s’engageant à adopter des législations nationales fortes et contraignantes qui interdisent aux entreprises et aux institutions financières d’alimenter la déforestation », a aussi réagi Jo Blackman, responsable des politiques forestières et du plaidoyer chez Global Witness.

Source :Céline Decourtieux, Perrine Mouterde, Le Monde 2/11/2021 depuis Glasgow( Écosse)

 

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