CANADA

Multiples manifestations des First Nations
contre le gazoduc Coastal GasLink


Depuis le 8 février 2020 les blocages des infrastructures de transports du Canada s’additionnent et s’intensifient pour répondre à l’appel à la solidarité lancé par les autochtones Wet’suwet’en du camp Unist’ot’en, envahi par la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) la semaine dernière. Le 13 février la compagnie de chemin de fer Canadien National (CN) annonçait la fermeture de la portion Est de son réseau de distribution de marchandises et de l’entièreté du réseau Via Rail qui assure le transport des passagers.

Les autochtones Wet’suwet’en et le Coastal GasLink

Dans les dernières années de nombreuses compagnies pétrolières et gazières (Transcanada, Enbridge, Pacific Trails) ont tenté tant bien que mal de construire des pipelines sur le territoire traditionnel Wet’suwet’en, situé environ à 700km au nord de la ville de Vancouver (Colombie-Britannique), et ce, sans le consentement des chefs héréditaires.
Les chefs héréditaires s’opposent ainsi aux accords donnés par les Conseils de bandes, institutions politiques imposées aux Premières nations par le Gouvernement canadien. C’est sur le territoire traditionnel Unist’ot’en, territoire jamais cédé faut-il le rappeler, le long du tracé projeté du pipeline Coastal Gaslink que différents camps, points d’accès et centres communautaires, ont été érigés (Unist’ot’en Camp) pour empêcher la construction de « tous les pipelines » et pour défendre les territoires Wet’suwet’en, les modes de vie traditionnels et les générations à venir.
Les travaux du dernier pipeline en lice, Coastal Gaslink (qui représente un investissement de 6 milliards — ce qui en fait le projet du genre le plus coûteux de l’histoire canadienne) sont pour le moment mis en échec par les protecteurs Wet’suwet’en et leurs alliés.

L’occupation du territoire par le camp Unist’ot’en réaffirme la souveraineté Wet’suwet’en et limite l’entrée aux différents représentants de la compagnie sur le site.

 

- En janvier 2019, la cour provinciale a délivré une injonction visant à donner accès à la compagnie au site afin de mener à bien la construction du pipeline CGL. Celle-ci a été suivie par la mise sur pied du point d’accès Gidimt’en Yintah, au kilomètre 44,5 du chemin forestier Morice River, dans le but de contrôler l’accès à leur territoire. C’est une GRC lourdement armée qui a envahi Gidimt’en en janvier 2019, démantelant les portails et arrêtant 14 protecteurs du territoire.

- En décembre 2019, un article du Guardian exposait des notes tactiques de la GRC dans lesquelles l’usage de la force létale [right to shoot] était approuvé.

- Le 31 décembre 2019, la compagnie Transcanada, responsable du projet, a obtenu une nouvelle injonction, de la Cour suprême de la Colombie-Britanique cette fois, injonction empêchant quiconque sur le territoire Wet’suwet’en d’approcher à moins de 10 mètres de toute personne ou véhicule rattachés au pipeline Coastal Gaslink. À la suite de l’injonction, le 6 février dernier, la GRC a mis en place une zone d’exclusion qui empêche l’accès au territoire selon des critères flous et variables aux journalistes, aux habitants, aux avocats et aux personnes venues en soutien.

- Entre le 6 et le 10 février dernier, la GRC a remonté le chemin forestier avec plusieurs véhicules, des hélicoptères, une unité canine, un canon de son et de la machinerie lourde (incluant un bulldozer), démolissant les barrières des points d’entrés, faisant fi de l’interdiction d’entrée sur le territoire émise par les Wet’suwet’en et arrêtant plus de 20 protecteurs des territoires, incluant des aînés. Pour répondre à cette invasion de leur territoire traditionnel, les Wet’suwet’en en ont appelé à leurs alliés à travers le pays à supporter leur lutte contre le gouvernement canadien et les compagnies pétrolières (#shutdowncanada ; #reconciliationisdead).

Lire des extraits d'une version allongée de « “D’un océan à l’autre” :
Les blocages de trains, le colonialisme et l’histoire des chemins de fer canadiens », paru le 15 février sur contrepoints.media]


Les chemins de fer au coeur de la constitution du Canada
L’Indian Act et la North-West-Mountain Police

Écoute de Radio Canada : Aux origines du soulèvement Wet'suwet'en


La poursuite du colonialisme canadien:
des chemins de fer aux otéoducs

Les similitudes entre l’histoire de la construction des chemins de fer et les différents projets d’oléoducs dépassent les simples coïncidences. Subventions gouvernementales, rachats des projets déficitaires, vols des terres des Premières Nations, actes de droit et intervention des forces armées : ce qui se dégage de l’histoire des chemins de fer durant la deuxième moitié du 19e siècle, c’est la persistance actuelle du colonialisme structurel comme fondement de la colonie « canadienne ». L’extractivisme et la circulation des matières premières sont le fondement de l’économie canadienne et l’appropriation des territoires des Premières nations demeure au cœur de la constitution et du Droit canadien. Au-delà des beaux discours de la réconciliation, le colonialisme se poursuit au même rythme et se maintient encore aujourd’hui à coup de législations et de force armée. Les blocages de trains de la dernière semaine mettent en évidence les fondements colonialistes du territoire canadien, mais aussi ces points faibles, sa dépendance envers ses infrastructures de transport et l’efficacité avec laquelle on peut arriver à le mettre en déroute

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