Mars 2019

 

La "journée du Président" sous l’autorité de Trump :
comment il déshonore les Peuples autochtones

La "journée du Président" est l’occasion de réfléchir à la situation des Amérindiens après deux ans de présidence Trump. Depuis qu’elle est au pouvoir, son administration revient sur les politiques qui protègent les droits des peuples autochtones et ne fait preuve d’aucun respect pour les nations tribales et leur souveraineté.


Indigenous Peoples March, Wahington DC. Photo par Isodoro Hazbun

Des preuves du mépris de Trump pour les Amérindiens
et leurs modes de résistance

Discours haineux


Trump tient invariablement et en public des propos haineux envers les Amérindiens. Il parle de Pocahontas de façon injurieuse et tourne en dérision un acte de génocide contre les Lakota à Wounded Knee. « On a un président qui s’obstine à utiliser Pocahontas comme une injure raciale et pour dénigrer les nombreuses femmes autochtones disparues et assassinées, parce que Pocahontas fut violée et kidnappée. Et puis on a un président qui traite avec désinvolture et de façon choquante notre génocide ici, en Pays lakota » déclara Chase Iron Eyes, du Lakota People’s Law Project à Democracy Now !


À la suite de la séance de questions-réponses de l’Instagram live du 2 janvier 2019 d’Elizabeth Warren, Trump a tweeté : « Si Elizabeth Warren avait diffusé cette publicité à partir de Bighorn ou de Wounded Knee au lieu de le faire de sa cuisine avec son mari déguisé en Indien, ç’aurait été fracassant ! » Trump fut rapidement critiqué pour ces remarques extrêmement offensantes. Ruth Hopkins, écrivaine sioux dakota/lakota, biologiste et avocate tribale, tweeta : « 300 membres de mon peuple furent massacrés à Wounded Knee, en majorité des femmes et des enfants. Ce n’est pas drôle, c’est dédaigneux, cruel et bassement raciste. »

Ce langage grossier de Trump précède néanmoins sa récente attaque contre Elizabeth Warren via un tweet. En réponse à son humiliante évocation de Pocahontas lors d’un discours à la NRA au mois d’avril 2017, le Congrès National des Indiens d’Amérique publia une déclaration affirmant « Nous ne pouvons garder le silence et nous ne nous tairons pas alors que nos ancêtres, nos cultures et nos histoires sont utilisés de façon insultante dans un but politique. » Le NCAI condamna aussi le fait que Trump a utilisé le nom de Pocahontas de façon injurieuse et raciste tout au long de sa campagne présidentielle et regretta que « le détournement des cultures et des traditions amérindiennes fut malheureusement une pratique courante pendant la campagne électorale de 2016. »


Malaise après une « blague » de Trump sur Pocahontas
La sénatrice surnommée «Pocahontas» par Trump publie son test ADN

Réduction du monument national de Bears Ears

Les tribus réclament et se battent pour la protection de Bears Ears depuis des années. Elles ont obtenu que l’administration Obama le nomme « monument national ». Il y a environ un an, Trump a approuvé une réduction de 81 000 hectares du site protégé de Bears Ears et a annoncé récemment qu’il pourra faire l’objet d’appels d’offre pour des projets pétroliers et gaziers. Ceci est conforme à la tendance qu’a Trump à faire peu de cas de l’histoire et des territoires autochtones. En réponse à cette décision, la tribu hopi, le Pueblo de Zuni et la tribu ute de Ute Mountain, représentés par le Native American Rights Fund, ont entamé des poursuites qui doivent être entendues dans l’année qui vient. Cependant, le gouvernement fédéral n’a pris aucune mesure pour mettre fin à la réduction de Bears Ears.

Lors de sa dernière mise à jour du dossier, en date du 16 novembre 2018, le Native American Rights Fund a réaffirmé son engagement pour la protection de Bears Ears. « NARF et les tribus continueront à combattre cette ingérence présidentielle et resteront déterminés à protéger des terres si importantes pour les hommes qui les occupent depuis des temps immémoriaux".

Lettre électronique du GITPA

Des oléoducs ont le feu vert pour traverser des terres autochtones garanties par traité.

Une des premières décisions présidentielles de Trump, le 24 janvier 2017, fut la signature d’un décret qui revenait sur la décision législative d’Obama et avança les travaux du Dakota Access Pipeline qui faisait pourtant l’objet d’une farouche opposition, accélérant l’étude d’impact sur l’environnement, qualifiée de
« processus d’octroi de permis incroyablement pesant et affreusement laborieux. »

Le 17 février 2017, Trump autorisa l’Army Corps of Engineers (Génie de l’armée des Etats-Unis) à avancer, mettant fin à l’étude de l’impact sur l’environnement, ainsi qu’à la période de commentaires publics qui doit y être associée. Ces pipelines sont une atteinte directe à la souveraineté tribale, à la pureté de l’eau et aux lieux sacrés. Mais Standing Rock a fourni un héritage d’engagement pour la souveraineté tribale.

Le 8 novembre 2018, suite à l’action en justice intentée par l’Indigenous Environmental Network et la North Coast Rivers Alliance, l’Honorable juge Morris renversa le décret de Trump, interrompant la construction du Dakota Access Pipeline au motif que « le président Trump a violé les lois fédérales sur l’environnement quand son administration a déclaré que le pipeline KXL était conforme à l’intérêt public. » IEN et NCRA fêtèrent cette décision comme une victoire en faveur des droits autochtones et environnementaux. Tom Goldtooth , directeur exécutif d’IEN, réagit à l’issue du procès en déclarant : " C’est une victoire pour les Lakota, les Oceti Sakowin et les autres nations tribales, pour l’eau et pour la sacralité de la Terre mère. Nous continuerons à prier pour agir dans la lutte contre l’administration Trump pour la défense du sacré, pour protéger les droits autochtones, pour défendre nos territoires garantis par traités et pour préserver la vie sur la Terre Mère, affranchie des énergies fossiles, pour les sept prochaines générations."

Article Reuters/FranceInfo

Coupes dans les programmes fédéraux

Trump a proposé de supprimer plusieurs programmes d’aide fédérale, y compris le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) (programme d’alimentation supplémentaire). Il a proposé de remplacer SNAP, qui fournit des allocations mensuelles pour acheter de la nourriture, par un programme de « colis alimentaire » qui remplacerait la moitié des allocations par un colis de denrées alimentaires non périssables (c’est-à-dire pas des aliments frais) choisies par le gouvernement et non par les bénéficiaires. Une diminution de l’accès à des aliments sains et nutritifs hypothèque lourdement la santé et pourrait augmenter le pourcentage de diabète de type 2 et d’obésité dans les communautés autochtones qui dépendent de SNAP.

Les Amérindiens ont gravement souffert des décisions du gouvernement qui suspend momentanément de nombreux programmes d’assistance fédérale et des initiatives fédérales en matière de santé. Russel Begay, président de la nation navajo, a décrit au New York Times les effets désastreux de ces coupes sur la situation des Navajos. Il révéla qu’en cas de fortes chutes de neige, « les routes sont impraticables car il n’y a plus d’entretien fédéral. Beaucoup de gens sont coincés chez eux, dans l’impossibilité de parcourir 30 ou 80 kilomètres pour aller acheter de l’eau, du ravitaillement ou des médicaments. » Ces réductions ont aussi obligé plusieurs cliniques à fermer faute de financement.

Politique de diminution du nombre d’électeurs

Le gouvernement américain a systématiquement ciblé le pays indien par des lois qui tendaient à diminuer le nombre d’électeurs pour décourager toute participation politique. Des lois très strictes sur l’identification des électeurs leur demandent de fournir une documentation fédérale comprenant une adresse valide. Elles pénalisent les communautés autochtones puisque dans les réserves, il n’y a souvent pas d’adresse de résidence.

Dans l’exaltation des élections de mi-mandat en 2018, Four Roses, une organisation autochtone pour les droits de vote, a travaillé avec diligence pour combattre la diminution du nombre des votants et augmenter la participation des Amérindiens. O.J. Semans, co-directeur de Four Roses et membre de la tribu sioux de Rosebud, a collaboré avec des politologues et des cartographes de la Claremont Graduate University de Californie, pour apporter des cartes dans les bureaux de vote afin que les gens puissent y montrer où ils habitent, indiquer un lieu précis. Des responsables tribaux présents sur place pouvaient leur délivrer une attestation sur papier à en-tête de la tribu. » Les efforts de Seman sont la preuve d’une réelle volonté de lutter contre ce qu’il appelle « une réduction manifeste du droit de vote » et d’assurer un accès permanent aux mécanismes électoraux pour les communautés autochtones partout aux États-Unis.

Retirer aux terres autochtones leur statut de fiducie

Le 7 septembre 2018, Tara Sweeney, la nouvelle secrétaire adjointe aux affaires indiennes, a rendu une décision susceptible de retirer au gouvernement fédéral la responsabilité fiduciaire des terres des Wampanoag Mashpee au Massachusetts. Ce serait la première fois que des terres autochtones seraient mises hors fiducie depuis la période de Termination des années 1940-1960, lorsque le gouvernement américain a cherché délibérément à fondre les Amérindiens dans la culture majoritaire. Les Wampanoag Mashpee réclament un soutien pour que la « loi de réaffirmation de la réserve des Wampanoag Mashpee » renverse cette décision.

Incitation à tourner les Autochtones en dérision

Récemment, un groupe de lycéens s’est moqué d’un Aîné amérindien qui participait à la Marche des Peuples autochtones à Washington. Trump les a défendus dans un tweet, qui disait que " les élèves de Covington sont devenus les symboles des Fake News et du mal qu’elles peuvent faire. Ils ont attiré l’attention du monde entier, et je sais qu’ils en feront bon usage, peut-être même pour rassembler les gens".

Dans un entretien accordé à Democracy Now, Chase Iron Eyes réagit à la rhétorique insultante de Trump après la diffusion d’une séquence vidéo montrant un élève du lycée catholique de Covington coiffé d’un chapeau MA GA, qui se moquait de Nathan Phillips, un Ancien de la tribu omaha. « Selon cette mythologie, nous sommes les sauvages, les primitifs, nous ne sommes pas civilisés, nous sommes l’antithèse du progrès… Nos traditions culturelles, en tant qu’Américains, prennent en compte le génocide des Amérindiens et l’esclavage des Noirs.» Il met en garde contre le fait que « quand il dit les choses qu’il fait, il donne son aval à des jeunes esprits influençables. » Cette déclaration d’Iron Eyes souligne combien la désinvolture des propos de Trump est dangereuse.

Promotion d’une politique raciste de tolérance zéro en matière d’immigration et
pression pour la construction d’un mur à la frontière.

En 2018, deux jeunes Mayas sont morts alors qu’ils étaient sous la garde du Service des Douanes et de la Protection des Frontières, et une jeune fille a été tuée par un agent d’une patrouille frontalière. Jakelin Caal Maquin (Maya Q’eschi’), Felipe Gomez Alonza (Maya Chuj) et Claudia Patricia Gómez González (Maya Mam) étaient détenus ou étaient en contact avec des agents du Service des Douanes au moment de leur mort. La Ligue maya internationale, basée à Washington, organisa une marche devant le département de la Sécurité intérieure au mois de janvier. « Comme nous avons pu voir dans le cas de nos enfants, nombre de ceux qui étaient arrêtés par la Patrouille des frontières, ne comprenaient pas ce qui se passait, ils ne parlaient pas espagnol (bien que de nombreux responsables partaient du principe qu’ils parlaient la langue », affirme Juanita Cabrera Lopez, de la Ligue maya internationale.

Le mur prévu à la frontière traversera le territoire de la nation des Tohono O’odham. Les membres de la tribu sont fermement opposés à cette décision, ont organisé des manifestations et exigent d’avoir leur mot à dire dans les pourparlers, puisque le mur va les couper de leurs ressources et bouleverser le mode de vie de la communauté. Le côté mexicain de la frontière abrite les sites funéraires de la tribu et est essentiel pour de nombreuses traditions culturelles et religieuses.

Source : Cultural Survival
Traduction pour le GITPA par Marie-Claude Striggler,
membre expert du Conseil consultatif du GITPA

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