Décembre 2017

ÉQUATEUR

Des centaines d’indiens traversent le pays pour demander au Président un « Dialogue avec des résultats »

« Por un diálogo con resultados » (Pour un dialogue avec des résultats), est la requête de centaines de femmes, hommes, enfants, jeunes et anciens de divers peuples autochtones de l’Amazonie et de la Sierra équatorienne qui, depuis douze jours, marchent vers Quito pour exiger du gouvernement équatorien des réponses concrètes à leurs demandes.

Partis du siège de la Confédération de Nationalités Indigènes de l’Amazonie –CONFENAIE-, situé dans la ville amazonienne de Puyo, accompagnés de tambours, lances, drapeaux et d’autres objets cérémoniaux, les manifestants ont comme objectif de traverser près de 260 km de route pour arriver à la capitale, ce lundi 11 décembre 2017.

La manifestation organisée par la Confédération de Nationalités Indigènes de l’Équateur - CONAIE - a lieu dans un contexte marqué par le manque de résultats et de pratiques concrètes de la part du gouvernement dirigé par Lenin Moreno, suite aux dialogues maintenus avec les représentants du mouvement autochtone. Comme l’exprime Marlon Vargas, président de la CONFENAIE : « Il s’agit d’unir nos forces pour construire un seul front. Nous voulons des réponses concrètes aux demandes présentées par notre mouvement depuis le mois de juillet dernier ».

Le 20 novembre dernier, dans le cadre de l’Assemblée générale de la CONAIE qui s’est tenue à Puyo, des représentants de onze nationalités autochtones et de vingt-trois organisations autochtones de l’Amazonie se sont rassemblés pour analyser la situation de leurs droits et des compromis adoptés par le gouvernement équatorien. L’organisation de la mobilisation nationale a été le résultat de cette rencontre massive, après avoir conclu de manière unanime : « Il n’y a pas de progrès dans le dialogue, il n’existe pas de volonté politique du gouvernement pour répondre de manière effective à nos demandes, et cela ne peut pas continuer. Ils sont en train de jouer avec la bonne volonté des peuples autochtones » (Jaime Vargas, président de la CONAIE).

Il s’agit notamment des demandes liées:
- à une amnistie pour toutes et tous les activistes sociaux criminalisés en Équateur;
- à une la solution des cas emblématiques de luttes pour la terre et les territoires ;
- à la remise en place d’une Éducation Interculturelle Bilingue ;
- aux politiques réelles de soutien à l’agriculture paysanne ;
- à une solution aux problèmes du transport communautaire ;
- au libre accès aux universités ;
- à la lutte contre la corruption au niveau du gouvernement national.

D’autres exigences liées à une application réelle des droits des peuples autochtones inscrits dans la Constitution Politique équatorienne de l’année 2008 sont exposées par les manifestants. Ils réclament également l’expulsion du pays de l’ex-président Rafael Correa, en raison des dommages occasionnés pendant les dix ans de son gouvernement . (Boletín de la CONAIE, 27 de novembre, 2017.
Dans https://drive.google.com/file/d/1O7qyhicD3bx0hPgbC0AXmgqH6lZpbxnf/view, consulté le 2 décembre, 2017).

En Équateur, actuellement près de 197 activistes autochtones sont poursuivis par la justice pour avoir participé aux manifestations d’opposition au régime et notamment aux projets d’exploitation minière et pétrolière mis en place par le gouvernement de Rafael Correa. Accusés du « délit d’attaque et de résistance » figurant dans l’article N° 283 du Code Intégral Pénal équatorien, ce « délit » a été selon Francisco Hurtado, - représentant de la Commission Œcuménique des Droits Humains- « utilisé pendant le gouvernement de Rafael Correa pour contrôler l’opposition et freiner la recherche de revendications politiques liées au respect des droits de l’homme »
(Dans https://es.mongabay.com/2017/07/ecuador-lideres-indigenas-piden-177-amnistias-20-indultos-procesados-gobierno-correa, consulté le 3 décembre, 2017).

La question des concessions minières et pétrolières affectant actuellement de nombreux territoires autochtones est un autre des sujets présents sur la table du débat. Par ailleurs, le gouvernement équatorien a annoncé une nouvelle
« Ronda petrolera » pour la concession de plusieurs blocs pétroliers dans le centre-sud de l’Amazonie, cela après avoir repris les activités d’exploitation dans les blocs Ishpingo, Tambococha et Tiputini situés à l’intérieur du Parc National Yasuní. En 2007, ce Parc avait fait l’objet de l’Initiative Yasuní-ITT, conçue pour laisser le pétrole de l’Amazonie sous terre, projet qui a été abandonné par le gouvernement de Correa en 2013. Comme l’exprime Marlon Vargas, président de la CONAIE : « C’est bien que le président Moreno se prononce en faveur de la protection de l’Amazonie. Mais, comment va-t-il le faire si, en même temps, il veut concéder d’autres blocs pétroliers ? Pour cette raison nous ne voulons pas d’autres projets pétroliers et miniers dans les territoires indigènes. Notre droit au consentement libre, informé et préalable doit être respecté»
(Dans https://twitter.com/Carlos_San11/status/932727431588450305, consulté le 4 décembre, 2017).

La manifestation qui a déjà traversé les villes de Puyo, Baños, Salasaca, Ambato, Salcedo et Latacunga avec près de 500 participants, a reçu le soutien et la solidarité d’autres groupes et mouvements sociaux au niveau national et international. Sur le chemin, d’autres manifestants autochtones et non autochtones rejoignent le mobilisation qui prévoit être reçue par le président Moreno à Quito.

Une campagne de solidarité aux manifestants a également été lancée à travers facebook et twitter
avec les hashtag #RumboAQuito et #ResultadosYa.

Informations transmises par Sofia Cevallos,
membre du réseau des experts du GITPA pour l'Amérique latine

Informations sur l'Équateur sur le site du GITPA

www.gitpa.fr