Mai 2021

Enfin une bonne nouvelle!

ARGENTINE

6 035 ha de terres ancestrales repris par la communauté M’Bya Guarani
dans la Provence de Misiones (nord -est de l'Argentine)

En 1992, la société de papeterie « Celulosa Argentina » a fait don à l'Université nationale de La Plata (UNLP), située dans la province de Buenos Aires en Argentine, de 6035 hectares de territoire Guaraní, dans la vallée de Kuña Piru, au centre de la province de Misiones. L’université a reçu ce don sans prendre en compte le fait que le territoire soit habité d’une manière ancestrale par le peuple Mbya Guaraní. Les facultés de sciences naturelles et de sciences agricoles de l’UNLP y ont par la suite réalisé des travaux portant sur les plantes médicinales, la biodiversité et l'anthropologie. De nombreux étudiants et professeurs ont ainsi envahi les espaces privés des communautés guaranis pour y mener ces études, posant des questions intimes sur leur vie quotidienne, et créant de l’anxiété chez elles en les considérant comme des spécimens à étudier en laboratoire.

Face à cette situation, les communautés ont commencé à faire entendre leur voix. Cette réaction a été le levier d’une longue lutte pour la récupération du territoire, assortie de rencontres, d’échanges et de procès, qui a finalement permis à ce que ces terres soient rendues à leurs propriétaires ancestraux, les Communautés:

Ka´aguy Poty, Kapi´i Poty, Ka´aguy Mirĩ Rupa, Yvy Pytã et Yvytu Porã.

Cette lutte a pu se baser sur les documents et les références suivants :
- Les droits des autochtones inscrits dans la Constitution nationale qui, dans son article 75 de la réforme de 1994, paragraphe 17, reconnaît la préexistence ethnique et culturelle des peuples autochtones d'Argentine et la possession et la propriété collectives des terres qu'ils ont traditionnellement occupées.
- La convention 169 de l'OIT relative aux peuples indigènes et tribaux (article 14 et suivants), qui fait partie du système juridique national, cette convention ayant été ratifiée en Argentine par la loi n° 24.071 de 1992, ainsi que les conventions internationales relatives aux droits de l'homme.
- L’historique de la résolution d'affaires similaires par la Cour interaméricaine des droits de l'homme.
- La possession ancestrale, pacifique, traditionnelle, actuelle et publique du territoire.

Les Communautés ont commencé cette lutte en 2001, accompagnées de l'équipe des missions de la Pastorale autochtone (EMiPA) et conseillées par des avocats de l’ENDEPA (Equipe nationale de la pastorale autochtone) dans le processus de réclamation de leurs territoires.

Les leaders communautaires se sont rendus dans la ville de La Plata à plusieurs reprises pour faire valoir leurs droits en tant que peuples préexistants et ensuite, insister sur l'accomplissement de la promesse de restitution territoriale qui avait été effectuée dès le début par l'Université. L'UNLP était également présente dans la Vallée de Kuña Piru afin de poursuivre le dialogue et d'écouter les arguments des membres des communautés. Cependant, les tentatives de dialogue sincère ont dû recommencer à chaque changement de dirigeants de l'université.

Durant le conflit, 11 voyages ont ainsi été effectués par des caciques et des représentants des communautés Mbya, ainsi que par des autorités de la Université, à la fois sur les sites de La Plata et d’Aristóbulo del Valle. Ce furent des années de grande incertitude sur l’issue de cette réclamation. L'Université, par l'intermédiaire du Conseil supérieur, a créé en 2005 une Commission de représentants de diverses facultés et d’experts techniques, afin de trouver une solution à la revendication des Communautés. La première proposition a été de céder aux Communautés 700 hectares en copropriété, solution refusée par les communautés.

l’entrée des étudiants et des enseignants de l'UNLP dans leurs terres, puis en 2006 de couper la route n°7 pour protéger leurs autorités et leur territoire. Ces événements ont provoqué des moments de grande tension. A partir de 2007, une action en justice a été intentée contre l'établissement universitaire et l'État national pour « Reconnaissance de possession et de propriété communautaire et dommages-intérêts collectifs ».

De nombreuses personnalités ont soutenu à ce moment les communautés M’Bya Guarani:
(de gauche à droite)



- Adolfo Pérez Esquivel, lauréat du prix Nobel de la paix, qui a visité le territoire Mbya
- Le président de la Bolivie, Evo Morales, qui, à l'occasion de sa visite à La Plata pour recevoir le titre de Docteur Honoris Causa.de l'UNLP a eu un entretien important avec les caciques et leur a offert sa solidarité
- L'anthropologue Ana María Gorosito,
- Le biologiste Raúl Montenegro, lauréat alternatif du prix Nobel de la paix,
- L'artiste Joselo Schuap et d'autres représentants de mouvements culturels

En 2017, l'Université a exprimé sa volonté de restitution des terres, à la seule condition qu'elle ne paie pas les frais du procès. Cette situation ne représentait pas un problème puisque les avocats d'ENDEPA avaient renoncé à leurs honoraires. Enfin, dans une percée historique, un accord a été signé au tribunal en 2019, entre l’université et les Communautés Mbya Guaraní qui habitent la vallée de Kuña Piru.

L'UNLP a exprimé sa volonté de transférer définitivement la propriété de ces terres, ce qui a été approuvé par le juge fédéral. Le mandat de possession définitif a été délivré le 25 septembre 2020.

Cet accord a clôturé une période d'insécurité et de conflits, même si aujourd'hui, d’autres problèmes restent à régler au niveau de l’intrusion, dans certaines zones de ce territoire, pour l'exploitation illégale de la forêt. On peut considérer, en accord avec la position de l’EMIPA, que les communautés autochtones ont réussi ce rétablissement - sans le soutien d'aucun établissement officiel, - en ayant souffert de pressions politiques et d'agressions diverses - en n'ayant jamais cédé parce qu'ils étaient clairs sur leur objectif qui était de récupérer leur territoire ancestral pour leurs petits-enfants.

Rapport Endepa : Luego de una larga lucha, las Comunidades Mbya Guaraní recuperaron su territorio

Les informations sur cette restitutions ont été transmises par Christian Asse,
membre du réseau des experts du GITPA

www.gitpa.fr