Les transmigrations en Papouasie occidentale

Remarque : Transmigrations avec un s pour prendre en compte a la fois les transferts de population engagées par les Pays-Bas durant la colonisation (Kolonisatie) et ceux qui ont fait suite sous le pouvoir indonésien (Tranmigrasi)

Questions/ Réponses
Pourquoi avoir organisés ces transferts de population ?

 

L’Indonésie a du faire face à un surpeuplement très important depuis de nombreuses années. En 1900 déjà, 42 millions de personnes habitaient l’île de Java, soit deux fois plus que sur l’ensemble des autres îles indonésiennes (Defert 1996 : 332). D’après le site « Population data », en 1986, la population totale du pays était estimée à 165 millions de personnes ; en 2010, on en comptait 237 millions et en 2017 le nombre d’habitants s’élevait à 265 millions. En moyenne, la croissance démographique annuelle est de 1,30%. La densité de population de l’Indonésie était en 2017 de 138,52 habitants au kilomètre carré. La ville de Jakarta est la zone de l’île la plus peuplée, puisqu’en 2017, sa population était composée de 31 689 529 habitants pour une surface de 128 297 kilomètres carré, ce qui correspond à une densité de population de 247 habitants par kilomètre carré.

Le gouvernement colonial des Indes néerlandaise avait déjà mis en place une opération de migration de populations vers des zones moins peuplées de l’île grâce au programme de déplacement de population nommé Kolonisatie pour désengorger Java. Defert écrit que 250 000 personnes auraient été déplacées vers Sumatra entre 1905 et 1941.

Après la déclaration d’indépendance en 1945, les programmes de déplacement de population furent relancés par le président Soekarno et changèrent de nom pour « Transmigrasi » ou « transmigration ». On compte environ 400 000 personnes concernées entre 1950 et 1965 et, entre 1903 et 1990, 3,6 millions de personnes au total ont été déplacées dans le pays (Defert 1996 : 332).

En 1993, on dénombrait 170 000 « transmigrants » officiels essentiellement des paysans musulmans de Java (Pataud Celerier 1996).

Ce fut seulement à partir de 1967 que ce mouvement migratoire se dirigea vers le territoire de la Nouvelle-Guinée occidentale. En comparaison du reste de l’archipel, cette province était composée de seulement 1 million d’habitants en 1986 (Juillerat 1985 : 34) contre plus de 4 millions d’habitants en 2014. Sur ce territoire, la densité de population était en 1986 de 3,5 habitants par kilomètre carré. La volonté d’obtenir des terres pour éviter le surpeuplement de l’archipel s’explique de cette manière, ayant à sa portée un territoire sous-peuplé, le gouvernement indonésien décida de s’en servir afin de gérer au mieux le surpeuplement du pays, notamment de l’île de Java.

A quel moment ces programmes concernèrent la Nouvelle Guinée occidetale?

Durant la Kolonisatie, le territoire de Nouvelle-Guinée occidentale n’a pas été pensée comme terre d’accueil potentielle (Defert 1996 : 332).

Dans le cadre du programme de transmigrasi, c’est-à-dire entre le début des années 1970 et 2015, date de la fin du programme, entre 750 000 et 1 million de transmigrants arrivèrent en Nouvelle-Guinée occidentale pendant cette longue période. Durant la présidence de Soeharto (03/1966- 05/1998), le programme fut principalement dirigé vers le territoire de Nouvelle-Guinée occidentale.

D’abord des transmigrants temporaires
Dès la fin des années 1960, les transmigrants venus principalement s’installer de manière temporaire en Nouvelle-Guinée occidentale, étaient notamment des militaires (environ 9 000 personnes) et des administrateurs indonésiens (4 150 en 1968) accompagnés de leur famille (Defert 1996 : 333). Ils avaient dans l’idée qu’ils pourraient s’enrichir rapidement et rentrer chez eux ensuite.
Puis des transmigrants permanents
Ce phénomène laisse ensuite place à une volonté de migration permanente. En 1977, la Nouvelle-Guinée occidentale devint la région d’accueil visée en priorité, du fait du surpeuplement d’autres îles en raison de programmes précédents (Defert 1996 : 336). En 1984, 9 000 familles furent déplacées vers la Nouvelle-Guinée occidentale et le déplacement de 13 7000 familles fut prévu par le plan quinquennal appelé « Pelita IV » établi de 1984 à 1989.

 

Un rapport officiel datant d’octobre 1983 prévoyait l’installation de 4 millions de « transmigrants » en Nouvelle-Guinée occidentale. En 1993, le président Soeharto décida l’accélération des vagues migratoires en Nouvelle-Guinée occidentale car la densité de population n’atteignait pas celle souhaitée de 400 habitants au kilomètre carré. Il proposa l’installation de 50 000 familles en plus de celles prévues par an jusqu’à l’an 2000 (Defert 1996 : 351). Cependant, les conditions du territoire étant difficilement propices à cet accueil, les chercheurs conseillèrent au président de ralentir les arrivées.

Ou s’installent les transmigrants ?

Au départ à Sumatra, ensuite Sulawesi (Célèbes), Kalimantan (partie indonésienne de l’ile de Bornéo).
A partir de 1977 principalement en Papouasie occidentale


Localisation des zones de transmigrants

Qui organise et finance les transmigrations?

Le programme avait pour principe d’allouer aux familles déplacées entre 2,5 et 5 hectares de terres afin de les cultiver, une réserve alimentaire, de l’argent et une habitation (Juillerat, 1985 : 34). Les terrains distribués ont été pris aux autochtones en échange d’un peu d’alcool, un peu d’argent ou, dans les zones côtières d’un vieux moteur de bateau. (Pataud Celerier, 1996).

Le programme fut soutenu et financé principalement par la Banque mondiale, dont l’aide financière s’est élevé à 560 millions de dollars sur la totalité de la période. Le tableau suivant montre le montant très élevé des aides financières en dollars américains attribuées au programme indonésien de transmigration en 1984

Comment les transmigrants sont -ils accueillis dans les régions d'arrivée?

Quelles sont les conséquences démographique des transmigration-s?

Les programmes de transmigration, qui prirent officiellement fin en 2015, eurent des conséquences démographiques évidentes. Ils sont la cause de la modification démographique qu’on observe aujourd’hui en Nouvelle-Guinée occidentale.

Entre 1985 et 2002, la démographie de la province papoue fut sujette à une augmentation de 60%, passant de 1 485 827 à 2 387 427 habitants (Rathgeber et al. 2005 : 135). Cette croissance démographique est essentiellement due au facteur externe qu’est le programme de transmigration.

Les Papous s’inquiètent de cette surpopulation indonésienne sur leur territoire, et particulièrement dans les zones urbaines qui accueillent le plus grand nombre de transmigrants par rapport aux zones isolées.

En 1971, dans les régions urbaines, la part d’Indonésiens était de 17% et en 1990, elle était de 25%. Le taux de transmigrants au sein de la population totale de Nouvelle-Guinée occidentale était de seulement 4% en 1971, mais il grimpa à 21% en 1990 pour atteindre 45% en 2004.

Les conséquences des programmes de transmigration sur les conditions de vie des Papous furent les suivantes :

- une perte de territoire, puisque des chiffres de 1999 donnent une estimation de deux millions d’hectares de terres mis à disposition pour le programme de transmigration (Rathgeber et al. 2005: 139);
- une perte d’opportunités économiques puisque les transmigrants indonésiens furent recrutés dans la province (Rathgeber et al. 2005 : 140) et
- une perte d’appartenance identitaire.

Accès a un extrait de
LEMONNIER Clara, 2018 Le conflit de Nouvelle-Guinée occidental Annexion indonésienne, dépossession et violences.
Université́ de Lyon Institut d’Études Politiques de Lyonte

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